La prévention du risque de crédit

Risque crédit (particuliers et entreprises)

L'octroi de crédit est un exercice délicat, non seulement pour l'établissement de crédit et son client, mais aussi au niveau macroéconomique : trop de prudence est un frein à l'investissement, trop de laxisme peut entraîner des bulles et des crises.

Les établissements bancaires utilisent l’analyse financière et les méthodes supervisées de data mining dans le dessein louable de prévenir le risque de crédit. Hélas, quand le risque n'entre pas par la porte, il entre par la fenêtre, comme on l'a vu lors de la crise des subprimes en 2007…

 

Particuliers

Pour un particulier, la banque examine plusieurs éléments.

1 - La capacité de remboursement :

  • revenus (salaires, primes, revenus locatifs),
  • stabilité professionnelle,
  • charges fixes,
  • taux d’endettement.

Le taux d’endettement est souvent plafonné autour de \(35\%\) (selon les pratiques en vigueur). Cela permet d’éviter le surendettement.

2 - La stabilité :

  • type de contrat de travail,
  • ancienneté,
  • secteur d’activité,
  • situation familiale.

La banque cherche la régularité et la prévisibilité.

3 - Le comportement bancaire :

  • incidents de paiement,
  • découverts répétés,
  • historique client.

Pour les particuliers qui sollicitent un crédit, la prévention du risque passe aussi par le scoring d’octroi (qui reprend certaines des données précitées).

Le credit-scoring peut être réalisé par régression logistique (variables qualitatives et quantitatives) ou par un réseau de neurones. L'avantage de la première solution est qu'un accord ou un refus peuvent être expliqués.

Cela étant, les banques et les sociétés de crédit peuvent toujours sophistiquer leurs modèles, recruter des profils pointus et acheter des logiciels d'intelligence artificielle redoutables, l’élément essentiel restera toujours la donnée. Si l’exactitude des réponses du solliciteur reste un facteur purement exogène sur lequel l’établissement n’a pas d’influence, la sensibilisation des commerciaux est beaucoup plus primordiale que de tenter de gagner 0,5 point de bon reclassement sur un échantillon de validation… De plus, il faut énormément de données pour alimenter un modèle. Une petite banque ou un petit établissement de crédit peut difficilement construire un système d'acceptation sur la base de ses ressources propres.

Le scoring est un moyen d’évaluer l’adéquation entre un crédit et un profil d’emprunteur, mais il n’intègre pas toutes les charges de celui-ci. Or, le débiteur peut être déjà endetté ailleurs. À court terme, chacun trouve son compte à ignorer ce petit détail malgré certaines obligations d’information. C’est pourquoi il existe dans la plupart des pays (en Belgique mais pas en France) des fichiers positifs qui visent à prévenir le surendettement. Il s’agit d’un répertoire national accessible par les établissements de crédit qui recense les dettes existantes auprès de ces établissements (mais pas toutes les factures impayées du particulier : téléphone, eau, etc.). À l’inverse, un fichier négatif recense les incidents relativement importants de paiement (en France : le FICP).

 

Entreprises

Pour les crédits bancaires aux entreprises (corporate), les études de dossiers sont davantage approfondies, les montants en jeu étant supérieurs et les informations plus nombreuses (mais pas toujours plus exactes que celles des particuliers !).

entreprises

On retiendra trois méthodes complémentaires de prévention du risque (à ne pas confondre avec les techniques de couverture du risque : hypothèques, assurances, spread, etc.).

  • Une bonne connaissance de la santé financière de l’entreprise : le scoring des entreprises est un prolongement statistique des analyses financières puisque les éléments du score sont généralement des ratios. Il s’agit d’une aide à la décision valable pour une clientèle de PME, parfois de sociétés importantes. Toutefois, l’utilité du scoring diminue lorsque la taille du groupe permet d’autres moyens plus adaptés (rating des agences de notation, modèles établis à partir des cotations sur les marchés…). Les diverses méthodes ne sont pas toujours comparables entre elles, ne serait-ce qu’en raison d’horizons de prévision différents.

    Le crédit interentreprises s’appuie également sur l’analyse financière mais aussi sur le scoring lorsque les clients sont très nombreux et qu’un traitement de masse devient une aide précieuse.

    Hormis le scoring, la banque utilise les états finaciers (bilan, compte de résultat, tableau des flux de trésorerie) pour étuder la rentabilité, la solvabilité, la structure financière et la capacité d'autofinancement à travers des ratios d'endettement et de liquidité, l'EBE (ou l'EBITDA) par rapport aux dettes ainsi que la capacité de remboursement. Elle étudie aussi le secteur d'activité puisque certains sont plus risqués que d'autres (restauration, start-up, BTP...) ainsi que le management. Bien sûr, ce dernier ne peut être quantifié.

    Il est également important de connaître le projet à financer : investissement productif ? Expansion ? Besoin en fonds de roulement ?

  • Une estimation de la capacité de l’entreprise cliente à faire face à ses engagements. À l’instar de la prévention du risque « particuliers », celle du risque corporate s’appuie sur la détermination de limites : il n’est dans l’intérêt de personne que l’emprunteur soit asphyxié par des crédits trop élevés au regard de ses capacités de remboursement.

  • Enfin, la prévention passe par la mutualisation du risque grâce à un portefeuille diversifié de clients et de produits, ou en recourant aux produits dérivés. Il faut ainsi éviter une forte concentration sectorielle ou géographique, à plus forte raison se focaliser sur un seul gros client.

    La titrisation est la transformation de créances en titres financiers vendus sur les marchés.

 

Garanties

Nous avons évoqué la couverture du risque, qui n'est pas stricto sensu de la prévention.

Un dossier de particulier ou d'entreprise peut être solide, le risque zéro n’existe pas pour autant. La banque peut donc exiger des garanties.

  • Suretés réelles : hypothèque, nantissement, gage... En immobilier, l'hypothèque est fréquente.

  • Suretés personnelles : la caution d'un tiers ou du dirigeant (courant pour les PME) renforce l'engagement mais peut fragiliser le patrimoine personnel.

 

Après l'octroi

Pour une banque, accorder un prêt ne suffit pas. Il faut le surveiller jusqu'à son terme.

Pour les particuliers :

  • Détection des incidents et relances précoces.

  • Suivi du compte (si le particulier possède un compte dans l'établissement qui lui a accordé le prêt, bien entendu).

Pour les entreprises :

  • Analyse annuelle des comptes.

  • Covenants financiers. Les covenants sont des engagements chiffrés (par exemple un ratio d’endettement maximum). S’ils ne sont pas respectés, la banque peut renégocier ou exiger un remboursement anticipé.

  • Révision des lignes de crédit.

 

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