Techniques et concepts de l'entreprise, de la finance et de l'économie 
(et fondements mathématiques)

Le scoring des entreprises

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Scoring corporate

C’est presque un dossier top secret tant les ouvrages sont rares sur le sujet, du moins pour qui souhaite établir ses propres grilles de score !

Le scoring est un moyen de positionner les entreprises sur une échelle de vulnérabilité grâce à des méthodes quantitatives (analyses factorielles). Il s’applique aux PME mais beaucoup moins aux groupes multinationaux pour lesquels un système d’appréciation automatisé n’a guère de sens. Le scoring se distingue donc du rating réalisé par les agences spécialisées ou des banques et qui inclut des appréciations qualitatives.

Le diagnostic financier d’une entreprise s’effectue essentiellement à partir de sa liasse fiscale comprenant notamment le bilan et le compte de résultat (qui permet d'établir le tableau des soldes intermédiaires de gestion et la CAF).

Mais si les banques ou les sociétés de crédit-bail s’appuient effectivement dessus lors de leurs engagements, elles doivent ensuite estimer en permanence le niveau du risque encouru, tant pour des impératifs de gestion que pour des contraintes réglementaires (Bâle 2). La quantité de comptes à éplucher nécessite alors un traitement automatisé.

Toutefois, c'est lors d’une demande de crédit que le scoring trouve son application la plus évidente. S’il ne remplace pas les analystes crédit il peut leur faciliter la tâche, voire leur permettre des plafonds de délégation plus élevés. Il peut en outre inclure une expertise que n’ont pas toujours les analystes : si ces derniers connaissent parfaitement les rouages de l'analyse financière, ils ne maîtrisent pas forcément toutes les spécificités sectorielles d’une clientèle de PME.

Sans être astreint à un suivi aussi rigoureux, le credit manager d’une entreprise utilise éventuellement le scoring d’entreprise qui lui offre un outil de première analyse, particulièrement utile lorsque les clients sont nombreux. La note de score est alors un élément des points de risque qui intègrent également des éléments qualitatifs parfois subjectifs.

Le scoring d’entreprise a ceci de particulier qu’il ne s’appuie souvent que sur des critères numériques. Mais des caractères qualitatifs peuvent cependant être inclus, dans la grille de score elle-même ou comme informations complémentaires. Il s’agit du secteur d’activité (qui peut être considéré en « amont », c'est-à-dire qu’on construit une grille par secteur), du climat social, de certaines caractéristiques du dirigeant (niveau d’études, facilité ou non à être remplacé le cas échéant…), d’appréciations sur le marché et la technologie utilisée, d’appartenance ou non à un groupe, etc.

Les variables quantitatives sont surtout des ratios, les montants bruts se révélant trop disparates et peu discriminants. C’est le cas des fonctions de score les plus célèbres, comme celles d’Altman, de la Banque de France, de Conan-Holder ou celle de l’AFDCC désormais actualisée tous les ans.

Quelques problèmes sont spécifiques aux ratios. Premièrement, la plupart d’entre eux peuvent être positifs ou négatifs. Il arrive que numérateur et dénominateur soient tous deux négatifs ; le ratio  positif peut alors passer pour un indicateur de bonne santé financière tout en masquant une réalité désastreuse. Deuxièmement, un ratio peut être excellent autour d’un optimum mais se détériorer lorsqu’il s’en éloigne, d’un côté comme de l’autre. Troisièmement, un ratio financier peut dépasser 100 % : si par exemple les capitaux propres (CP) sont nuls, le ratio CAF CP devient infini !

La première et la troisième de ces limites peuvent faire l’objet d’hypothèses a priori et impliquer une réponse « non scoré », ou être résolus par l’imputation (voir notamment M. Bardos, Analyse discriminante, application au risque et scoring financier, Dunod 2001, p 116-118). La deuxième limites peut être résolue par le choix d’un modèle non linéaire. En tout état de cause, la préparation des données exige plus de connaissances « métier » (analyse financière) que celle d’un scoring de particuliers

Autre spécificité du scoring d’entreprise : il est souhaitable de décortiquer facilement la note de score et d’individualiser rapidement les ratios qui indiquent un éventuel problème (M. Bardos, op. cit. p. 44). L’analyste crédit gagne du temps en « creusant » immédiatement les parties du bilan ou du compte de résultat incriminées.

Ces différentes spécificités font préférer l'analyse discriminante à la régression logistique, même si les hypothèses qui autorisent son utilisation ne sont pas parfaitement satisfaites.

La qualité de la grille s’évalue sur un échantillon d’évaluation, ou plus probablement par bootstrap car il est n’est pas donné à tout le monde d’avoir suffisamment de bilans pour procéder à un double échantillonnage (d’autant qu’un échantillon 50-50 est limité par le nombre de défaillances).

Le suivi est périlleux dans la mesure où les entreprises sont très sensibles aux cycles économiques. Le seuil d’acceptation peut être modulé en fonction de la conjoncture mais une fois le crédit accepté il n’est pas évident d’imputer une défaillance des paiements soit à une grille de score peu robuste soit à des facteurs exogènes.

La macroéconomie connaît des cycles conjoncturels particulièrement courts et une grille de score « entreprises » peut devenir obsolète en un an ou deux. En cas de ralentissement brutal de l’économie, elle peut être déjà dépassée lors de sa mise en production en raison de délais qui s’additionnent : premier délai à la clôture des comptes (qui donnent une image moyenne de l’exercice), deuxième délai imputable à la certification puis à la publication des comptes, troisième délai pour constater avec un recul suffisant une éventuelle défaillance (c’est le plus long : un an en général) et enfin délai pour intégrer ces informations dans une grille de score disponible sur le réseau interne (c’est en principe le plus court). À une époque où les indices boursiers se trouvent divisés par deux en l’espace d’un an, quelle gageure !

Le suivi consiste à observer si le taux de défaillance est celui qui avait été prévu. Si ce n’est pas le cas, on modifie la « dead line » entre acceptés et refusés et l’on estime si le taux devient acceptable. Dans l’affirmative, on opère une simple translation en se montrant plus ou moins sévère qu’auparavant. Dans la négative, il faut revoir la grille.

Bibliographie et webographie

Les livres (op. cit.) et articles de Mireille Bardos sont incontournables.

Quelques informations sur le score de l’AFDCC, y compris les résultats d’une enquête sur l’utilisation du scoring par les credit managers :

http://rfcomptable.grouperf.com/article/0352/ms/rfcompms0352_6796.html

 

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