La science politique

Introduction à la science politique

Le mot Politique vient du grec polis (la cité). La science qui l'étudie est une science sociale. Mais quel est exactement son objet ? Aujourd’hui encore, tout le monde n’est pas d’accord sur ce qui en relève.

Nous tâcherons tout de même de passer en revue ses principaux thèmes d’étude. Mais auparavant, résumons en quelques lignes des siècles d’évolution de la pensée politique.

 

Bref historique

Les faits politiques ont éveillé l’intérêt des philosophes depuis Platon jusqu’à aujourd’hui mais LA politique (conquête du pouvoir) et LE politique (faits sociaux qui concernent le gouvernement) n’ont fait l’objet d’une science que récemment pour de multiples raisons : censure du pouvoir, poids de la religion, difficulté d’expérimenter…

Au Moyen Âge, les luttes de pouvoir ont bien sûr existé, entre seigneurs ou entre rois et papes. L’un des épisodes les plus célèbres fut le conflit entre le roi de France Philippe IV le Bel et le pape Boniface VIII. Les luttes de pouvoir étaient consignées par des chroniqueurs mais ne faisaient pas l’objet d’études à proprement parler.

La Renaissance est marquée par la personnalité et l’héritage du philosophe florentin Nicolas Machiavel qui décrivit les façons de conquérir le pouvoir et de le conserver. La politique s’affranchit au grand jour de la morale et de la religion. La voie était ouverte pour qu’elle devienne un sujet d’étude.

Au dix-septième siècle, le philosophe anglais John Locke établit les fondements de ce qui devint le système libéral. Le pouvoir politique devait être institué par un contrat librement accepté par le peuple. Deux millénaires après la fin de la démocratie athénienne, l’idée refaisait son chemin !

Au dix-huitième siècle, Montesquieu définit la séparation des pouvoirs (l'exécutif, le législatif et le judiciaire). Précurseur des sociologues et des politologues, il chercha et classa les causes des événements pour établir des lois, c’est-à-dire des principes universels, comme Newton le fit pour la physique au siècle précédent.

Mais il fallut attendre le dix-neuvième siècle pour que l’étude de la politique se détache de celle de la société (la sociologie devint également une science au dix-neuvième siècle). Alexis de Tocqueville fut le premier à considérer le politique comme objet d’étude spécifique mais il ne dégagea pas de loi. Son travail a été plus descriptif que véritablement scientifique.

Objet

À partir du vingtième siècle, on peut incontestablement parler de science. Mais quels en sont les contours ?

Une simple description de l’appareil d’État ne peut pas être considérée comme une discipline scientifique. Quant à la lutte pour le pouvoir, c’est un sujet intéressant mais susceptible de s’appliquer dans toute organisation, par exemple en entreprise. Alors quoi ?

Le pouvoir politique possède plusieurs caractéristiques : régulation sociale, organisation sur un territoire donné et possibilité d’employer légitimement la force. Il s’exerce grâce à des structures institutionnelles mais aussi économiques et sociales ainsi que par différentes organisations aux aspirations divergentes : partis, lobbies, syndicats… Ainsi naissent des rapports de force entre gouvernants et gouvernés mais aussi entre les gouvernants eux-mêmes. C’est l’étude de tous ces éléments qui constitue la science politique.

 

Quelques sous-disciplines

Généralement, l’objet d’étude d’une science est suffisamment vaste pour que se développent des sous-disciplines. La science politique ne déroge pas à la règle.

La sociologie politique : cette branche étudie les rapports entre les citoyens et les institutions. La sociologie électorale en fait partie.

Les études internationales : on s'intéresse aux organisations internationales et aux ONG mais aussi aux relations entre États sur des sujets particuliers : terrorisme, environnement, développement économique…

La science administrative : c’est l’étude des organisations publiques.

 

Méthodes d’investigation

Les méthodes utilisées en science politique sont les mêmes qu’en sociologie : analyses qualitative et quantitative.

L’analyse qualitative est par exemple l’étude des discours, notamment en science administrative. La comparaison est une autre technique, très employée et ancienne puisqu’elle a été utilisée par Tocqueville. Il s’agit alors de comparer des institutions, des comportements politiques ou des processus d’évolution, par exemple d’un pays à l’autre ou dans un même pays mais à des époques différentes.

L’analyse quantitative repose sur des enquêtes et sur les résultats des élections (y compris de l’abstention) qui peuvent être recoupées avec d’autres informations chiffrées, en particulier des données économiques et sociales.

Une étude s’appuie souvent sur une analyse quantitative (qui constate) et se poursuit par une analyse qualitative (qui explique). Par exemple : la cartographie des élections montre que dans la France des années 2010, le Rassemblement National montre toujours de bons résultats dans le nord et sur le pourtour méditerranéen. En revanche, à Paris et aux alentours, les électeurs se détournent de ce parti. Pourquoi ?

Le vote dans le nord de la France est expliqué, entre autres, par un transfert du vote communiste, le PCF n'ayant pas pu s’opposer à la désindustrialisation. Dans le sud, des spécificités sociales s’ajoutent aux causes économiques : forte population de salariés du commerce et de rapatriés d’Algérie, notamment (Cf. études historiques de Marion Fontaine).