Le contrôle social

Normes, contrôle social et régulation sociale

En démontrant que l’accès à la vérité nécessitait l’acceptation de notre propre ignorance, Socrate cherchait à éveiller les consciences dans une société athénienne… qui n’en demandait pas tant. Accusé de pervertir les valeurs morales, il fut condamné à mort.

L’histoire de la philosophie, de la littérature, de l’art ou encore les guerres de religion montrent comment la société a toujours rejeté ceux qui remettaient en cause les valeurs établies, parfois de façon dramatique.

Les déviants sont ceux qui ne se soumettent pas aux normes de la société. Certains sont des délinquants mais d’autres font « bouger les lignes ». Quels qu’ils soient, ils sont des perturbateurs et le groupe social majoritaire cherche à se protéger en limitant la portée de leurs actions. Comment ? Par le contrôle social.

 

Les normes

Les normes sont des règles de comportement qui doivent être respectées par tout individu souhaitant être intégré dans un groupe social.

Elles sont intériorisées depuis la plus tendre enfance. La famille, l’école ou encore les médias tiennent un rôle de socialisation. Par « médias » nous entendons toute forme d’information largement diffusée (y compris par exemple les fables de La Fontaine !)

fables de La Fontaine

La cohésion d’une société repose sur des normes sociales. Celles-ci se déclinent selon les milieux sociaux et géographiques, l’âge, etc. Un individu qui n’y adhère pas s’appuie sur d’autres normes qui sont celles d’un groupe de référence. Les marginaux, au sens large, ont aussi leurs codes. Mais les normes communes à toutes les civilisations sont rarissimes. La prohibition de l’inceste en est une, comme l’a montré Claude Lévi-Strauss.

Ainsi la société définit des normes qui elles-mêmes définissent la société.

Certaines d'entre elles font l'objet de textes (lois, décrets, règlements...). Ce sont des normes juridiques.

Qu'elles soient sociales ou juridiques, les normes ne sont pas immuables. Leur évolution reflète celle de la société.

Pour approfondir le sujet, voir la page qui traite des normes sociales sur le lieu de travail.

 

Le contrôle social

Les moyens par lesquels la société ou même un groupe restreint fait respecter les normes établies sont appelés contrôle social ou contrainte sociale. L’objectif est la conformité sociale.

Il en existe deux types : formel et informel.

Le contrôle formel sanctionne l’irrespect des règles les plus élémentaires. Celles-ci sont écrites. Les manquements les plus graves sont sanctionnés par les tribunaux mais le licenciement d’un salarié qui n’a pas respecté le règlement intérieur de son entreprise subit également l’application d’un contrôle formel.

L’informel est exercé par les groupes sociaux sous forme d’une pression qui peut être orale mais aussi, parfois, physique. Nous y reviendrons.

Des sanctions punissent le déviant. Mais elles s’adressent aussi à ceux qui pourraient le devenir, trop tentés par la remise en cause de certaines normes.

Le respect de celles-ci peut aussi être récompensé lorsqu’il a valeur de modèle (décorations, article dans la presse, discours de félicitation…).

Enfin, nous avons évoqué les contrôles sociaux externes mais il ne faut pas oublier qu’ils sont pour la plupart internes. Un individu qui a bien intégré les règles culturelles s’autodiscipline pour ne pas subir de désapprobation. Par exemple, le fait de s’informer des dernières tendances de la mode grâce aux réseaux sociaux de crainte de porter des accessoires démodés est une forme d’autocontrôle.

 

La régulation sociale : plusieurs définitions

La régulation sociale est parfois considérée comme synonyme de contrôle social (mais seulement à un niveau d’initiation à la sociologie !).

Du point de vue classique, c’est l’ensemble des mécanismes qui permettent à la société de maintenir sa cohésion. Elle regroupe la socialisation et le contrôle social.

Mais cette approche conçoit la société comme un élément stable. Le sociologue Jean-Daniel Reynaud la considère comme dynamique. Selon lui, le conflit et la négociation sont des phénomènes normaux qui produisent des règles. Une situation de stabilité, qui est la norme selon le point de vue précédent, n’est pour Reynaud qu’une étape limitée dans le temps. Selon cette approche, la régulation sociale est le processus par lequel les normes sociales naissent, évoluent et tentent de se maintenir.

 

Les « contrôleurs sociaux »

Le groupe primaire limite les déviations légères : l’humour est le moyen le moins stigmatisant pour indiquer à un individu qu’il commet un écart sans grande importance. Quant aux moqueries des cours de récréation, parfois cruelles, elles s’adressent aux enfants qui s’éloignent de la norme admise par le plus grand nombre.

Une franche explication est un contrôle plus directif. Par exemple, un chef de service reçoit un employé qui passe trop de communications privées sur son temps de travail et lui indique les sanctions encourues s’il persiste.

En effet, si les paroles s’avèrent insuffisantes pour espérer un changement de comportement, les actions coercitives prennent le relais. La plus légère est peut-être la privation de dessert d’un enfant qui n’écoute pas. La plus lourde est le lynchage, aujourd’hui condamné partout mais qui réapparaît parfois...

De nos jours le contrôle social est de plus en plus exercé par les tribunaux. Certes, des médiateurs permettent de désengorger l’appareil judiciaire. Mais nombreux sont les problèmes qui jadis se réglaient à l’intérieur d’un groupe restreint (travail, famille, voisinage…) et qui désormais font l’objet de décisions judiciaires. Il s’agit sans doute d’un effet de l’affaiblissement des liens sociaux.

Inversement, les sociétés dans lesquelles les sanctions familiales ont un poids très fort montrent une cohésion sociale plus intense.

D’autres facteurs entrent toutefois en ligne et cette relation n’est pas toujours évidente. Une société où les inégalités sociales sont relativement faibles et où le pouvoir est considéré comme légitime peut engendrer peu de déviance, même si le contrôle social est peu présent.

Enfin, nous ne pouvons pas passer sous silence les réseaux sociaux par lesquels des millions de contrôleurs sociaux anonymes publient leurs réprobations.

 

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