Causes du chômage structurel
Une entreprise souhaite recruter. Elle publie une offre. En face, des personnes cherchent un emploi. Logiquement, on pourrait se dire que si des postes sont vacants et que des gens veulent travailler, ça devrait coller. Pourtant… ça ne colle pas toujours.
Le chômage n’est pas seulement une question de crise économique ou de baisse d’activité. Même quand l’économie tourne normalement, même quand il y a beaucoup d’offres d’emploi, le chômage existe. Pourquoi ? Parce que le marché du travail n’est pas une machine parfaitement huilée. Il y a des décalages, des lenteurs, des malentendus, des règles… Bref, tout un ensemble de mécanismes qui font que l’offre et la demande de travail ne s’ajustent pas parfaitement.
Chômage structurel
Le chômage structurel correspond à la part du chômage qui ne disparaît pas, même lorsque l’économie est en bonne santé. Autrement dit, il n’est pas lié à une crise passagère.
On peut l’opposer au chômage conjoncturel, qui dépend quant à lui des fluctuations de l’activité économique (récession, crise financière, chute de la demande, etc.).
Le chômage structurel est lié à la structure même du marché du travail : son organisation, ses règles, les compétences disponibles, la localisation des emplois, les comportements des entreprises et des salariés…
Il est donc plus profond et plus durable.
Appariement
Le marché du travail fonctionne sur un principe d’appariement. Il faut qu’un poste vacant rencontre le bon profil. Cela semble évident, mais en pratique ce n’est pas si simple.
On peut distinguer trois grandes sources de problèmes d’appariement :
- Les frictions : il faut du temps pour trouver un emploi. Chercher une offre, envoyer un CV, passer un entretien, attendre une réponse… Tout cela prend du temps. Ce délai crée ce qu’on appelle des frictions. Le chômage frictionnel correspond au temps nécessaire pour que l’offre et la demande se rencontrent.
- Les inadéquations spatiales : imaginons qu’il y ait beaucoup d’emplois disponibles dans une grande métropole, mais que les personnes au chômage vivent dans une région rurale en difficulté. On parle alors d’inadéquation spatiale. En effet, les demandeurs d’emploi ne peuvent pas toujours déménager pour diverses raisons (coût du logement, attaches familiales, emploi stable du conjoint…). Cette faible mobilité géographique entretient le chômage structurel.
- Les inadéquations de qualifications : les entreprises recherchent souvent des qualifications spécifiques. Or, les personnes au chômage ne possèdent pas toujours les compétences demandées. L’inadéquation de qualifications est flagrante lors des transformations technologiques ou écologiques. Nous le constatons aujourd’hui : de nombreux étudiants commencent des études qui ne leur offriront aucun débouché en raison de la concurrence de l’IA.
Asymétries d’information
Le marché du travail n’est pas seulement imparfait à cause des compétences ou de la géographie. Il l’est aussi parce que l’information circule mal.
On parle d’asymétrie d’information lorsqu’un des acteurs dispose de plus d’informations que l’autre.
Lorsqu’un employeur recrute, il ne connaît vraiment si la motivation du candidat, ni son sérieux, ni sa productivité future. Même avec un CV et après plusieurs entretiens, il subsiste une part d’incertitude qui peut influencer son comportement.

Salaire d’efficience
Des économistes ont développé la théorie du salaire d’efficience : un employeur peut décider de payer un salaire plus élevé que le salaire d’équilibre pour :
- attirer les meilleurs candidats
- motiver les salariés
- réduire l’absentéisme
- limiter le turnover
- dissuader les comportements opportunistes.
Autrement dit, payer plus cher peut être rentable si cela augmente la productivité. Mais il y a un effet secondaire.
Si toutes les entreprises ne peuvent pas payer ces salaires élevés, ou si elles limitent le nombre de postes pour maintenir un certain niveau de salaire, alors il y aura moins d’emplois offerts et donc plus de chômage.
Législation : coupable ou protectrice ?
Le marché du travail ne fonctionne pas dans le vide. Il est encadré par des règles, des lois, des institutions. Parmi elles, deux éléments sont souvent débattus : le salaire minimum et les règles de protection de l’emploi.
Nous verrons que leurs effets peuvent être à la fois positifs et négatifs.
1- Le salaire minimum fixe un plancher légal en dessous duquel on ne peut pas rémunérer un salarié.
- Il existe un effet potentiellement négatif : le coût du travail peut se traduire par une réduction des embauches.
En 2016, une enquête Companeo Meteojob auprès de très petites entreprises françaises montrait que près de \(64\%\) des dirigeants prévoyaient de ne pas recruter et que le coût du travail était cité comme le principal obstacle à l’embauche, juste devant d’autres facteurs comme la flexibilité. - D’un autre côté, le salaire minimum soutient le pouvoir d’achat et donc stimule la demande, réduit la pauvreté et améliore la motivation. Il limite aussi les inégalités.
Les études montrent des résultats variés selon les pays et les niveaux de salaire minimum. On ne peut donc pas affirmer mécaniquement qu’il augmente toujours le chômage structurel.
2- Seconde catégorie de protection sociale : les règles de protection de l’emploi. Ce sont celles qui encadrent les licenciements (procédures, indemnités, justification économique…).
- Elles protègent les salariés contre les licenciements abusifs, offrent une sécurité qui peut encourager l’investissement dans la formation, stabilisent les parcours professionnels.
- Mais si licencier devient très coûteux ou compliqué, les entreprises peuvent hésiter à embaucher, privilégier des contrats précaires et rendre ainsi le marché du travail plus rigide.
Encore une fois, tout dépend du degré de protection. Trop de rigidité peut freiner l’ajustement et trop peu de protection peut fragiliser les travailleurs. On peut illustrer ce dilemme par une comparaison entre la France et les pays anglo-saxons (États-Unis et Royaume-Uni).
La France se caractérise par un niveau élevé de protection indemnisation du chômage relativement généreuse (en proportion du salaire antérieur), salaire minimum national, règles de licenciement encadrées, forte couverture sociale… À l’inverse, les pays anglo-saxons ont traditionnellement des marchés du travail plus flexibles : indemnisation plus courte ou moins élevée, procédures de licenciement plus simples, moindre réglementation salariale.
En théorie, une protection élevée peut augmenter le chômage structurel si elle réduit l’incitation à reprendre rapidement un emploi ou si elle rend les entreprises plus prudentes à l’embauche en raison de potentiels coûts. C’est l’argument classique de la « rigidité ». Mais on peut nuancer. Cette même protection peut aussi permettre aux candidats de chercher un emploi correspondant réellement à leurs compétences plutôt que d’accepter immédiatement n’importe quel poste, ce qui peut améliorer l’appariement à long terme.
Ainsi, les pays anglo-saxons affichent souvent un chômage plus faible, mais aussi une plus grande rotation et davantage d’emplois peu qualifiés et faiblement rémunérés.
