Rôle et socialisation

Socialisation secondaire

    Ce n’était plus cette fille simple dont une éducation provinciale avait rétréci les idées. L’amour et le malheur l’avaient formée. (Voltaire, l’Ingénu).

Nous sommes tous passés par des phases de remise en cause des principes qui nous ont été inculqués durant notre enfance. Il ne s’agit pas seulement des aléas de la vie qui façonnent notre caractère mais d’un ensemble de règles acquises à l’âge adulte, de façon plus ou moins consciente. Celles-ci ne sont pas seulement juridiques. Elles sont aussi et surtout morales. Rarement écrites, elles visent à ce que chacun adopte un comportement acceptable par la société dans laquelle il vit.

 

Rôle

Le rôle est l’ensemble des comportements que la société attend d’un individu en fonction de son statut (c’est-à-dire de sa position sociale).

Tout individu en tient plusieurs. Il peut être conjoint, parent, voisin, médecin ou patient, enseignant ou élève… Et chacun ce ces rôles est assorti de droits et de devoirs.

En entreprise, un cadre n’adopte pas le même comportement vis-à-vis de son directeur, de ses collaborateurs et de ses clients parce qu’il tient des rôles différents. Voir les rôles du manageur.

 

Socialisation primaire vs secondaire

La socialisation est le processus par lequel un individu acquiert les normes qui lui permettent de tenir ses rôles dans la société. Elle commence dès le plus jeune âge et se poursuit toute la vie. De façon schématique on considère qu’elle prend successivement deux formes.

La socialisation primaire est mise œuvre par les adultes pour les enfants et les adolescents. Elle est « verticale ». Ceci ne signifie pas qu’un enfant reste passif pendant son éducation ; il existe bien sûr des interactions puisqu’il pose de nombreuses questions. Mais il n’y a aucune réciprocité puisqu'un enfant n’agit pas pour sociabiliser un adulte.

L’école joue un rôle fondamental dans cette étape comme le montrait déjà Émile Durkheim, l’un des pères fondateurs de la sociologie.

À l’âge adulte la socialisation se poursuit. On dit qu’elle est secondaire. Le mécanisme est différent puisque l’individu est désormais acteur, du moins dans une certaine mesure. Il peut en effet agir sur les comportements de son entourage ; il est certes impossible pour un soldat de modifier les règles de l’armée mais c’est lui qui a choisi de s’engager.

La socialisation secondaire est mise en œuvre par l’université, les amis, les médias, la famille que l’on a fondée, les collègues, les réseaux sociaux… Théoriquement, elle peut durer toute la vie : lorsqu’une personne âgée entre dans une maison de retraite, elle est soumise à une nouvelle phase de socialisation.

Il n’est pas rare que les normes acquises au cours de cette deuxième forme se heurtent aux valeurs reçues de la première ou même qu’elles se contredisent. D’où certaines trajectoires atypiques…

 

Une typologie contestable

Notez qu’au vingt-et-unième siècle, ce schéma est un peu dépassé en raison des technologies du numérique. Ainsi des enfants enseignent à leurs parents quelques utilisations d’Internet qui peuvent avoir des répercussions sociales… On parle alors de sociabilisation inversée.

Notez aussi que dans une cour de récréation, il existe une socialisation qui ne passe pas par les adultes. Bien qu’elle se situe durant l’enfance, elle obéit plutôt aux règles de la socialisation secondaire puisque chaque enfant peut modifier le comportement de ses camarades.

 

Diversité

Le processus de socialisation s’observe à plusieurs niveaux, du plus global au plus proche de l’individu.

Lorsqu’un individu se rend dans un pays qui n’est pas le sien, que ce soit pour y vivre, passer ses vacances ou un voyage d’affaires, il doit se conformer à des codes différents. Nous ne parlons pas des lois et des règlements (conduite à droite ou à gauche, par exemple) mais bien de codes sociaux : politesse, prises des repas, etc.

    On ne dit pas merci dans les langues de l’Inde. Sans doute pense-t-on que rendre un service ou faire un cadeau est un geste tout naturel, suffisamment gratifiant en soi. (Guides bleus Rajasthan et Gujarat)
    Ittfadal (bienvenu, sers-toi), accueille l’hôtesse à sa table. Ressaler, ne pas se servir une seconde fois ou terminer entièrement son assiette la blesserait. (Égypte, coll. Passions d’ailleurs, Larousse)
    D’aucun disent que le Mexique est américanisé ; c’est oublier quelques détails symptomatiques d’un comportement latin : comme la lenteur du service dans les restaurants, les attentes imprévues (pour tout et partout), le non-respect de l’heure d’un rendez-vous. (Mexique, coll. Passions d’ailleurs, Larousse)

Mais cette adaptation existe aussi à des niveaux inférieurs. Notamment, les valeurs et les comportements diffèrent selon les milieux professionnels : style vestimentaire, jargon du métier, tutoiement ou vouvoiement, etc.

Par exemple, un comportement consiste à se regrouper selon l'étiquette qui nous a été collée. Illustrons-le en nous rendant sur le lieu de tournage d’une fiction. En dehors des brefs moments où la caméra tourne, chacun se retrouve avec ses pairs : comédiens, figurants, techniciens, éventuellement cascadeurs, danseuses… D'ailleurs, pour déjeuner, la production attribue les tables selon ces catégories. Il est d’ailleurs très malvenu pour un figurant de s’adresser à un acteur ayant un minimum de notoriété ; il risquerait d’être blacklisté. Notez bien que cette habitude de cloisonnement ne s’applique qu’à des fonctions professionnelles provisoires et non à des personnes : si, pour gagner un cachet, un cascadeur accepte une figuration, il discutera volontiers avec les autres figurants ce jour-ci… Ajoutons que ce comportement de caste occasionnelle se retrouve partout.

Enfin, le mécanisme d’adaptation existe au quotidien, y compris à domicile (famille, colocataire…).

La socialisation conjugale : généralement, on partage les mêmes valeurs que son conjoint. Mais un couple n’est pas une paire de clones et la démarche de socialisation de l’autre est particulièrement active, bien qu’elle soit souvent inconsciente.

La fondation d’une famille se traduit notamment par de nouvelles pratiques culturelles et l’abandon de certains amis.

La socialisation politique : une autre forme de socialisation est celle de l’engagement civique dans un parti politique, un syndicat ou une association qui offrent un rôle social correspondant aux valeurs de l’individu.

La socialisation professionnelle : les collègues enseignent au nouvel embauché la culture d’entreprise, souvent avec humour et bienveillance pour faciliter son intégration (voir la page sur les normes sociales en entreprise).