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(et fondements mathématiques)

La socialisation

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Socialisation, identité sociale et reproduction sociale

Comment devenons-nous des acteurs sociaux ? Cette question est l’intitulé d’un chapitre du programme de SES de seconde et c’est par elle que les élèves s’initient à cette science passionnante qu’est la sociologie. Cette sensibilisation s’opère grâce à des mises en situation et à la présentation de quelques notions. Que voici.

Qu’est ce que la socialisation ?

La socialisation est un processus d’apprentissage de connaissances, de références, de règles de conduite (normes) ou de penser (valeurs)…  Les valeurs sont les principes qui guident nos actions. Tout le monde n’a pas les mêmes mais, dans telle société à une époque donnée, certaines sont davantage mises en avant que d’autres. Par exemple, en France, la piété et le sens du sacrifice faisaient partie des valeurs communément admises il y a une centaine d’années tandis que l’antiracisme et la responsabilité écologique sont des valeurs plus contemporaines. Quant aux normes, ce sont des RÈGLES explicites ou implicites qui régissent concrètement les façons de se comporter en société. Il existe des normes juridiques qui diffèrent d’un État à l’autre et des normes sociales (mœurs et usages), qui montrent une variété encore plus grande.

Le processus de socialisation est nécessaire. Il permet à chaque individu d’acquérir une identité sociale, d’évoluer dans la société en bonne intelligence avec autrui. D’ailleurs, il existe aussi chez les animaux sociaux les plus évolués. L’enfance est le moment privilégié de la socialisation bien que celle-ci se prolonge tout au long de la vie. Ceci n’implique pas qu’un individu est forcément de plus en plus sociable au cours de son existence puisque diverses expériences peuvent le conduire au contraire à s’isoler. Mais en général, on s’adapte aux évolutions de la société dans son ensemble et aux environnements successifs que l’on découvre, par exemple à l’occasion de changements de travail.

Qui socialise ?

Des agents de socialisation ont pour rôle de rendre les individus aptes à vivre en société, en particulier les enfants. On parle alors de socialisation manifeste, c’est-à-dire volontaire. Ces institutions sont la famille, l’école et les autorités religieuses. Elles enseignent la langue, les règles de conduite, certaines valeurs, etc.

D’autres agents socialisent bien que ce ne soit pas leur rôle premier. Ce sont les médias, les collègues, les associations, les amis… Il existe toujours un double aspect, coercitif et valorisant : les représentants de l’État peuvent décerner des médailles ou prononcer des peines de prison, les journalistes peuvent écrire des articles élogieux ou dénoncer des comportements, les collègues peuvent accepter un nouveau venu dans le groupe ou au contraire le rejeter pour lui faire comprendre qu’il ne possède pas la culture d’entreprise...

La socialisation inversée est opérée par les enfants en direction de leurs parents. Les jeunes sont souvent attentifs aux nouvelles tendances (musique, jeux, mode…) qu’ils enseignent à des parents qui peuvent s’être éloignés de ces préoccupations. Devenus adultes, les enfants continuent d’initier leurs parents à certaines pratiques socialisantes (exemple récent : le covoiturage s’est développé chez les adultes de 36-45 ans avant de s’étendre aux seniors).

Le processus de socialisation

1- Inculcation et imprégnation

Ainsi, notre identité sociale est un mélange de caractères innés mais aussi de tout ce que nous avons acquis par l’expérience. Cette acquisition de référents culturels s’opère sous deux formes : l’inculcation et l’imprégnation.

Nous avons vu qu’un processus de socialisation peut être à la fois coercitif (punitions) et valorisant (récompenses). C’est le principe de l’inculcation. Par ces deux moyens de pression complémentaires, les institutions de socialisation enseignent les voies d’une bonne intégration. C’est par exemple l’apprentissage des règles de politesse par les parents.

L’imprégnation est quant à elle inconsciente puisqu’elle fonctionne sur le principe de l’imitation. Elle n’est pas passive comme l’inculcation puisqu’au lieu de recevoir des informations, l’individu a une démarche volontaire. Il cherche quel comportement trouvera auprès de ses pairs un écho favorable. Au cours de l’enfance, l’imprégnation passe souvent par le jeu (exemple : jouer à la poupée est la reproduction de comportements parentaux qui permet d’acquérir des gestes et des attitudes qui seront conformes, le moment venu, à ce que la société attend). L’imprégnation n’est toutefois pas réservée à l’enfance ; elle s’opère quotidiennement.

Pour faire court, un enfant va à l’école d’une part pour bénéficier d’une inculcation par l’enseignant(e) et d’autre part pour être imprégné par ses camarades. C’est d’ailleurs dans la cour de récréation que l’enfant connaît sa deuxième pression sociale (après celle de sa famille), c’est-à-dire l’influence que le regard des autres a sur lui (choix du vocabulaire, des vêtements, des jeux…). Bien sûr, selon les personnalités, certains « résistent » plus que d’autres à un comportement qui peut apparaître comme moutonnier…

2- Primaire et secondaire

La socialisation primaire a lieu durant l’enfance tandis que la socialisation secondaire débute à l’adolescence.

Nous l’avons vu, les agents de socialisation manifeste sont particulièrement à l’œuvre pendant l’enfance. En cohérence avec l’évolution de la société et avec l’avancée des sciences liées à l’apprentissage, l’éducation est moins directive qu’autrefois. L’enfant tient un rôle plus actif, il a davantage de liberté dans ses choix qui peuvent ainsi mieux refléter sa personnalité, même si des habitudes perdurent (voir ci-dessous).

Puis le rôle socialisant de la famille devient très limité. Les adolescents sont beaucoup plus réceptifs aux remarques de leurs camarades qu’à celles de leurs parents. Enfin, d’autres évolutions s’opèrent en milieu professionnel ou pendant la retraite. Les valeurs changent parfois radicalement au cours d’une vie (resocialisation).

Socialisation différenciée

Cela étant, la socialisation ne consiste pas à produire des clones ! Au sein d’une société donnée, il existe toujours des différences, notamment selon le genre et la catégorie sociale.

1- Selon le genre

Les civilisations ont toujours attribué des valeurs et des rôles distincts aux hommes et aux femmes. Actuellement, les sociétés occidentales cherchent à gommer ces différences. Mais dans le même temps, les distinctions sont entretenues : les magasins de jouets, de décoration et de vêtements ne proposent pas grand-chose pour les petites filles qui ne se reconnaîtraient pas dans les stéréotypes féminins ! Un stéréotype est un modèle communément attribué à une caractéristique particulière (par exemple, affirmer que tous les fonctionnaires sont des fainéants). En l’occurrence, les éléments stéréotypés pour les filles sont la couleur rose, une imagerie de princesse, la beauté physique, etc.

2- Selon le milieu social

La reproduction sociale, c’est-à-dire de la tendance à maintenir les mêmes positions sociales de génération en génération, est une conséquence du capital culturel familial : c’est en fonction des références, des comportements et de toutes les normes intégrées au cours de l’enfance dans le cadre familial que nous structurons notre vie sociale. Ainsi, il est habituel de choisir son conjoint dans son propre milieu social, ou du moins un milieu assez proche (homogamie).

Par conséquent, les inégalités sociales perdurent d’une génération à l’autre. Bien sûr, le patrimoine financier de la famille est un élément important mais il ne faut pas occulter l’importance du capital culturel. Lors d’un entretien de recrutement, Il est souvent facile de déterminer les origines sociales d’un candidat grâce à sa seule expression orale (syntaxe, vocabulaire, accent…), pourtant moins discriminante que l’expression écrite... C’est pourquoi l’ascenseur social ne fonctionne pas aussi bien que le système d’enseignement devrait le permettre.

La socialisation est donc nécessaire à la vie en société, mais elle favorise aussi une certaine inertie…

 

socialisation selon le genre

 

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