Les imperfections de la concurrence

Monopoles et marchés imparfaitement concurrentiels

Selon la doctrine libérale, le marché idéal est celui qui offre un cadre à la concurrence pure et parfaite. L’un des critères est la multiplicité (ou atomicité) des acheteurs et des vendeurs. Quittons cet idéal pour redescendre sur terre afin de se confronter à la triste réalité : les choses ne se passent pas ainsi. Une régulation de l'économie par les États s'avère donc nécessaire.

Les structures de marché

Sur une zone géographique donnée, certains marchés se caractérisent par un seul vendeur. C’est une situation de monopole. En France, il en existe de moins en moins car ce système va à l’encontre des règles de l’Union Européenne. Certains monopoles sont institutionnels. Exemples : la Française des jeux a le monopole des jeux de loterie sur le territoire national et il est interdit à qui que se soit d’organiser un loto en France. Jusqu’en 2011, seule la Poste était autorisée à distribuer du courrier en France. Il existe aussi des monopoles privés.

La loi ne protège pas le monopole que peut détenir une entreprise privée, au contraire. Un monopole peut abuser de sa position dominante au détriment de ses clients. Cette structure particulière peut toutefois exister soit pour une raison historique (un savoir-faire unique, des infrastructures), soit parce que l’entreprise s’est débarrassée de la concurrence.

Par exemple, il est fréquent que, sur une zone géographique de quelques dizaines de kilomètres carrés, un transporteur ait le monopole du ramassage scolaire.

Au niveau mondial, il s’agit plus souvent de quasi-monopoles que de monopoles à 100 % et la tendance est à la suppression de ceux-ci, institutionnels compris. Le GPS, propriété de la Défense des États-Unis détient encore aujourd’hui le monopole de la géolocalisation dans la plupart des pays mais progressivement, des concurrents apparaissent localement (en Chine, en Russie…).

Une situation monopolistique est source de plusieurs problèmes. Le principal d’entre eux est qu’une entreprise sans concurrent peut vendre ses produits au prix qu’elle souhaite et dégager ainsi des marges énormes au détriment des consommateurs. Ceci ne signifie pas pour autant que tout monopole pratique des prix élevés. Par exemple, la Chine souhaitant conserver son quasi-monopole sur les terres rares (nécessaires à la fabrication des produits hi-tech) a cassé ses prix pour dissuader d’autres intervenants de pénétrer sur ce marché sensible.

Un marché où se côtoient peu de vendeurs est un oligopole (un duopole s'il n'y a que deux offreurs, comme Airbus et Boeing dans le secteur des avions gros-porteurs). Le risque est que ces vendeurs s’entendent sur les prix, ramenant la structure de marché à un monopole déguisé. On parle alors de cartel, c’est-à-dire d’accord entre producteurs ou vendeurs. De plus, le choix offert au consommateur est forcément limité. Par exemple, au niveau mondial, l’agrochimie est un secteur oligopolistique où, à force d’achats et de fusions, seuls quelques offreurs subsistent aujourd’hui (Monsanto-Bayer, ChemChina, Dow Chemical…).

Il existe aussi des situations moins nombreuses caractérisées par un seul acheteur (monopsone) ou quelques-uns seulement (oligopsone). Par exemple, si en France vous exploitez des panneaux photovoltaïques, le seul acheteur possible est EDF OA.

Les différentes structures de marché sont résumées dans le tableau ci-dessous.


Nombreux vendeurs Quelques vendeurs Vendeur unique
Nombreux acheteurs Concurrence parfaite Oligopole Monopole
Quelques acheteurs Oligopsone Oligopole bilatéral Monopole contrarié
Acheteur unique Monopsone Monopsone contrarié Monopole bilatéral

Mentionnons enfin certains monopoles qui subissent tout de même une concurrence : à Paris, la RATP a le monopole du transport public mais on peut parfaitement se déplacer en vélo, en taxi, en scooter, etc. Pas de concurrent non plus pour le TGV, du moins sur le rail car les vols intérieurs sont une alternative.

L'IHH

L'IHH (Indice de Herfindahl-Hirschmann) mesure la concentration d'un marché. C'est la somme des carrés des parts de marché. Par exemple, si trois vendeurs se partagent un marché avec 10 %, 40 % et 50 % des parts, l'IHH est égal à 100 + 1600 + 2500 = 4200. En principe, une fusion de deux entreprises est refusée si cela conduit à un IHH supérieur à 2000.

Concurrence monopolistique et pouvoir de marché

Une situation fréquente est celle de la concurrence monopolistique : le secteur est concurrentiel mais chaque intervenant commercialise des produits qui le distinguent de ses concurrents (voir la page marketing mix). On ne mange pas son Big Mac dans un Burger King.

Le but de la différentiation des produits est d’acquérir un pouvoir de marché, c’est-à-dire la possibilité pour une entreprise d’agir sur le marché afin d’en tirer un bénéfice supérieur aux concurrents, ou supérieur au bénéfice qu’il serait théoriquement possible de dégager sous condition de concurrence parfaite. Nous avons vu qu’une collusion entre producteurs visait aussi à obtenir un pouvoir de marché mais il s’agit d’une pratique souvent illégale. La guerre des prix est une autre technique, habituelle dans la grande distribution, mais elle peut conduire à des abus. En revanche, la différentiation des produits, qui passe par l’innovation, est tout à fait légitime et même souhaitable dans l’intérêt du consommateur.

Bien sûr, plus le produit est élaboré et porteur d’innovations, plus la différentiation est perceptible. Les critères de choix sont plus nombreux entre deux modèles d’automobiles qu’entre deux bananes, même si celles-ci ne proviennent pas du même continent.

Souvent, la différentiation est fictive et seul l’emballage diffère (surtout dans l’alimentaire). Ce sont les mêmes ateliers qui élaborent les mêmes produits mais avec un conditionnement différent. Le grand public le redécouvre chaque fois que survient un scandale sanitaire !

Incontestablement, la publicité est un élément clé de la différentiation. C’est en grande partie par ce moyen qu’une entreprise positionne ses produits.

L’intervention des pouvoirs publics

Les pouvoirs publics agissent dans l’intérêt du consommateur et de l’État. Ainsi, ils veillent à ce qu’une entreprise privée ne domine pas un marché en particulier (position dominante). Historiquement, la première loi antitrust a été adoptée aux États-Unis en 1890, notamment pour empêcher John Rockefeller de détenir à lui seul l’ensemble du raffinage pétrolier.

En effet, ce n’est pas la position dominante elle-même qui pose un problème. Il y a toujours un leader sur un marché. C’est le fait de profiter de cette situation pour agir de façon non concurrentielle qui peut conduire les pouvoirs publics à prononcer une sanction ou à empêcher une fusion.

Après plus de 7 ans d’instruction, la Commission européenne a infligé une amende de 2,42 milliards d’euros à Google. La commission considère en effet que Google s’est rendu coupable d’un abus de position dominante dans la recherche en ligne afin de favoriser son comparateur de prix « Google Shopping ». La décision est spectaculaire : il s’agit de la plus importante amende jamais infligée dans le domaine de l’antitrust par la Commission, plus de deux fois supérieure à celle qui avait frappé Intel en 2009 (1,06 milliards d’euros). Le Figaro, 30 juin 2017.

En France, c’est l’Autorité de la concurrence qui est chargée de faire respecter les règles d’une concurrence loyale.

Inversement, les pouvoirs publics peuvent encourager des fusions si l’opération permet d’envisager d’importantes économies d’échelle ou de mutualiser des ressources (recherche et développement, infrastructures...).