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(et fondements mathématiques)

Quelques causes du chômage

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Chômage : définitions et évolution

Pour quelles raisons le chômage existe-t-il ? Épineuse question ! Les explications sont multiples et parfois contradictoires... Du coup, les politiques économiques se heurtent à des choix : l’impact de telle cause est-il plus fort que celui de telle autre ? Faut-il privilégier le court ou le long terme ? Doit-on limiter ou accroître l’intervention de l’État ? Etc.

Bien sûr, ce n’est pas ici que nous ferons le tour de la question ! Cette page se situe au niveau d’un programme de lycée et son but est davantage d’inciter au questionnement que d’apporter des réponses. Pour la bonne raison qui si tout le monde était d’accord sur les solutions au problème, nous n’en serions pas là, ma bonne dame !

1- Les causes liées au coût du travail (ou coût salarial)

Néo-classiques et libéraux contemporains

Au XIXe siècle, les économistes néo-classiques voyaient dans le marché du travail le même mécanisme qui existe dans n’importe quel autre marché. Ainsi, comme le prix n’est que le reflet de l’ajustement mécanique entre l’offre et la demande, le niveau d’un salaire serait quant à lui déterminé par la rencontre entre une offre et une demande de travail.

La demande de travail est le fait de l’employeur. Grâce à un calcul fondé sur la productivité marginale, il sait à partir de combien de salariés ceux-ci lui coûteront davantage qu’ils ne lui rapporteront. Quant à l’offre de travail, elle est apportée par le salarié. S’il juge que la rémunération qui lui est proposée est trop faible, il préfère ne pas travailler.

Par conséquent, selon cette théorie, le chômage ne peut résulter que d’un comportement volontaire. Pour les néo-classiques, le chômeur est quelqu’un… de trop exigeant.

Dans certains pays comme la France, la législation a rigidifié le marché du travail en instaurant un salaire minimum (SMIG en 1950, puis SMIC). Les économistes libéraux en ont déduit que même si des chômeurs souhaitaient travailler pour une rémunération inférieure au SMIC, ils ne le pourraient pas ; d’où l’existence d’un chômage involontaire dû à l’intervention de l’État, « aggravé » par les allocations versées aux demandeurs d’emploi (qui  placent ainsi la barre plus haut pour accepter de travailler) et par un code du travail qui grossit d’année en année, multipliant les rigidités.

Selon cette approche libérale, l’État empêche les mécanismes économiques de se réguler naturellement et, en souhaitant protéger les salariés, il développe indirectement le chômage. Les libéraux estiment nécessaire une baisse des coûts salariaux, c’est-à-dire des salaires nets perçus par les salariés mais aussi des charges sociales, voire des diverses obligations financières liées à la main d’œuvre (formation, versements aux comités d’entreprise, etc.).

Comment un employeur réagit-il lorsque le coût du travail est trop élevé ?

Une première possibilité est la substitution du capital au travail, c’est-à-dire le remplacement de la main d’œuvre par du matériel (machines, logiciels, etc.). Cette évolution se traduit par des licenciements ou des non-remplacements, voire par de nouveaux entrepreneurs qui inaugurent une combinaison de facteurs de production plus favorable au capital. D’où un chômage technologique, lié au progrès. Selon une étude de l'université d'Oxford, ce sont 24 % des offres d'emploi en ligne qui correspondent à des métiers susceptibles d'être automatisés d'ici à 2035 (Adzuna mars 2016). L’État pourrait certes taxer les machines mais une lutte contre les causes du chômage technologique serait absurde.

Une autre solution pour l'employeur est la délocalisation, c’est-à-dire le départ pour l’étranger d’une unité de production, là où le coût du travail est beaucoup plus faible. Ainsi, il est moins onéreux de faire fabriquer des produits manufacturés en Chine puis de les transporter en France pour être consommés, plutôt que les produire directement en France. L’impact sur l’emploi est évidemment très positif pour la Chine et négatif pour la France. Il est possible de réduire les effets des délocalisations par une législation qui d’une part incite les entreprises à produire sur place (flexibilité, baisse des charges…) et d’autre part dissuade de produire à l'étranger (protectionnisme ciblé).

Une troisième possibilité consiste à répercuter sur les prix une hausse des coûts liés au travail. Le risque est alors de vendre moins. La baisse de l’activité aura là encore un effet négatif sur l’emploi puisque l’entreprise produit en moindre quantité, ce qui nécessite moins de main d’œuvre. De plus, ce mécanisme contribue à l’inflation.

Enfin, si diverses rigidités empêchent l’employeur d’opter pour l’une de ces solutions, ses marges seront réduites et son autofinancement diminuera. Peut-être ne pourra-t-il pas investir comme il le souhaiterait. Peut-être le ou les propriétaires devront-ils accepter une baisse de leurs rémunérations (dividendes s’il s’agit d’une société). En général, les entreprises combinent plusieurs solutions.

2- Les causes liées à l’insuffisance de la demande

À la suite de John Maynard Keynes (1883-1946), des économistes estiment que le chômage dépend de la demande effective. Si les entreprises prévoient une amélioration du pouvoir d’achat, des exportations ou des investissements, elles recrutent. À l’inverse, si elles anticipent une détérioration de la conjoncture, elles licencient avant de devoir rémunérer des salariés sous-employés.

Dans un tel contexte, l’État (qui devait s’effacer selon les libéraux !) doit jouer un rôle positif. Divers moyens d’action sont à sa disposition : une politique de grands travaux permet de relancer l’emploi grâce à la commande publique, une hausse du salaire minimum a un impact positif sur la consommation, des subventions peuvent donner un coup de pouce à l’investissement, une diminution des taux d’intérêt favorise les achats à crédit, etc.

3- Autres causes

Le chômage n’est pas toujours la conséquence de mécanismes macroéconomiques. Et d’ailleurs ceux-ci ne se traduisent pas par des ajustements instantanés. Même en situation conjoncturelle très favorable, il faut un délai entre le départ d’un salarié d’une entreprise et son recrutement dans une autre. Exemple : un professeur contractuel termine l’année scolaire dans un lycée puis devient demandeur d’emploi pendant les vacances d’été avant de retravailler l’année suivante dans un autre lycée. On nomme chômage frictionnel ce type de situation.

Par ailleurs, une partie du chômage est due à des qualifications qui ne valent pas grand-chose sur le marché du travail. Ainsi certaines filières universitaires sont encombrées alors que les débouchés sont minimes et les ex-étudiants, après une période sans emploi, finissent par accepter un poste sans rapport avec leurs études.

Conclusion

On le voit, avant de lutter contre LE chômage, il faut en connaître les causes. Certaines sont structurelles (progrès technologique, mondialisation, rigidités, qualifications inadéquates) tandis que d’autres sont conjoncturelles, c’est-à-dire liées à des fluctuations économiques passagères. Ces causes peuvent aussi être liées entre elles : plus le chômage structurel s’étend dans un pays, plus le niveau global de consommation diminue. D’où un chômage lié à l’insuffisance de la demande. C’est un cercle vicieux…

 

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