Le rôle des politiques budgétaires

Budget de l'État et multiplicateurs

Si la théorie évacue souvent le rôle de l’État dans l’économie, le monde réel lui rend toute son importance. Le niveau d’interventionnisme diffère selon les politiques mises en œuvre, mais même dans les pays où la loi du marché est la plus revendiquée, la puissance publique joue un rôle majeur.

Celle-ci conserve la maîtrise de domaines aussi essentiels que la législation, la politique monétaire ou encore la politique budgétaire (voir la page fonctions économiques des pouvoirs publics).

Cette dernière est l’ensemble des mesures prises par l’État (et, au sens large, par les collectivités) pour agir sur les recettes et les dépenses publiques. Comme nous le verrons, ces actions impactent l’ensemble de l’activité économique.

Le budget de l’État

Qu’est-ce que le budget de l’État ?  Il s’agit d’un document, préparé par le gouvernement puis validé au Parlement par une loi de finances, qui indique les dépenses et les recettes de la nation pour l’année civile à venir. Comme il s’agit de prévisions, des modifications peuvent intervenir en cours d’année, en particulier si une nouvelle majorité est élue.

Toutefois, d’autres collectivités élaborent des budgets (régions, départements, communes, Sécurité Sociale mais aussi autorités supranationales comme les institutions de l’Union Européenne…). En Europe, conformément au traité de Maastricht, les dépenses de toutes les collectivités d’un pays sont considérées comme faisant partie d’un même ensemble, la dépense publique.

Celle-ci est essentiellement constituée de biens et services non marchands. On peut la scinder en dépenses ordinaires et en investissements (comme pour n’importe quelle entreprise et la plupart des ménages). Elles sont ventilées par ministères. Les traitements des fonctionnaires font partie des dépenses ordinaires. Les pouvoirs publics ont peu de moyens d’action dessus, contrairement aux investissements. Le gouvernement peut toutefois choisir de geler les traitements des fonctionnaires par mesure d’économie ou au contraire les revaloriser afin de soutenir la consommation.

Les dépenses publiques n’ont fait que s’accroître depuis deux siècles. Selon la loi de Wagner, la part de l’État dans l’économie augmente avec le niveau de développement. En effet, celui-ci s’accompagne d’une augmentation de la population et des infrastructures. Ce principe, dû à l’économiste allemand Adolf Wagner et qui date de la fin du dix-neuvième siècle, ne s’est pas démenti depuis.

Les recettes proviennent des prélèvements obligatoires, c’est-à-dire les impôts et taxes ainsi que certaines cotisations sociales, mais aussi de ventes réalisées par l’État (privatisations, par exemple).

Prélèvements obligatoires par ordre d’importance (en France) :

  • La TVA
  • La CSG
  • L’impôt sur le revenu
  • L’impôt sur les sociétés
  • La taxe foncière (revient aux collectivités locales)
  • Etc.

Lorsqu’il existe un service en contrepartie du prélèvement, celui-ci n’est pas considéré comme obligatoire (redevance audiovisuelle…).

Déficit public

Le solde budgétaire est la différence entre les recettes et les dépenses. S’il est positif, on parle d’excédent budgétaire. S’il est négatif, il s’agit d’un déficit. Le déficit public est le solde négatif de tous les budgets agrégés de la puissance publique.

Lorsque les dépenses sont supérieures aux ressources (ce qui est la situation la plus courante), l’État doit trouver de l’argent. La première solution est la création monétaire mais elle est interdite aux pays de la zone euro. La seconde est l’emprunt, par exemple sous forme de bons du Trésor. Il génère de la dette publique.

Dette publique

Cette dette est la somme que doivent rembourser les pouvoirs publics, qui s’est accumulée depuis... fort longtemps.

La dette en fin d’année t est donc égale à la dette de la fin de l’année précédente majorée des intérêts, plus le solde primaire de l’année t, c’est-à-dire les recettes moins les dépenses hors intérêts de la dette.

dette

La charge de la dette est le montant des intérêts dus chaque année. Ils font partie des dépenses budgétaires.

Le poids de la dette est la dette rapportée au PIB.

Historique et limites de la politique budgétaire

À partir de 1933, le président Roosevelt mit en place une série de mesures visant à sortir les États-Unis de la Grande Dépression. Cette politique, connue sous le nom de New Deal, incluait entre autres mesures la plus célèbre des relances budgétaires.

Ainsi des indemnités furent versées pour la première fois aux chômeurs. De grands travaux hydrauliques permirent de nombreuses embauches. L’un des buts était de relancer une consommation devenue trop faible pour offrir suffisamment de débouchés à l’industrie et à l’agriculture. Pour résumer, la dépense publique prenait le relais d’une dépense privée insuffisante.

Les résultats furent cependant mitigés puisqu’à la veille de la seconde guerre mondiale les États-Unis n’avaient pas retrouvé la prospérité antérieure au krach de 1929.

Plus tard, John M. Keynes théorisa le fait qu’une hausse des dépenses publiques et une baisse des recettes permettait de sortir d’une crise liée au sous-emploi des facteurs de production (grâce au jeu de multiplicateurs).

Aujourd’hui, la politique budgétaire a beaucoup moins le vent en poupe. Trop utilisée, elle a creusé les déficits de la plupart des États, aujourd’hui très endettés.

En outre, elle peut refléter des intérêts de classes ou de groupes de pression (notamment par les subventions).

Les multiplicateurs

Les mesures d’ordre politique influencent la croissance, positivement ou négativement. On évalue leurs incidences grâce aux multiplicateurs.

Le multiplicateur des dépenses publiques (G) est le coefficient k tel que :

k DG = DY

ΔY étant la variation du produit national et ΔG celle des dépenses publiques.

Le multiplicateur est inversement proportionnel à la propension marginale à épargner (s) et à la propension marginale à importer (m).

k = 1 / (s+m)

L’influence des dépenses publiques sur la croissance est bien sûr positive.

Le multiplicateur fiscal est le coefficient k’ tel que :

k' = -c / (s+m)

c étant la propension marginale à consommer (consommation rapportée au revenu diminué des impôts).

On remarque que l’impact est négatif, ce qui est d’ailleurs assez intuitif. Toutefois, cet effet de freinage est moins important que l’effet positif dû aux dépenses publiques.